Le thé en Thailande

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Quand on pense au thé de terroir, on pense à la Chine, au Japon, à Taiwan, à l’Inde peut-être… On pense
Wuyi, Fujian, Shizuoka, Ali Shan, Long Jin, Puerh, Darjeeling…

Pour ma part, lorsque le mot “Thailande” est évoqué, je pense tout au plus à un thé vieilli en Chine dont
les feuilles proviennent de Thailande. Mais Thailande comme pays de thé, comme terroir avec ses propres spécialités… non. Cependant, voilà qu’en fin 2021, je débarque ici. Dans la charmante ville de Chiang Mai, au nord du pays.

J’ai quelques projets en tête, et l’un d’entre eux est de voyager dans les pays avoisinants pour rencontrer des producteurs de thé et offrir mes coups de coeurs sur une boutique en ligne. Mais les frontières ne semblent pas prêtes à se réouvrir, et puis j’en apprends un peu plus sur la culture qui m’accueille, et je découvre une culture du café fin en plein essort, une gastronomie de première classe, bref un marché local pour le raffiné, le bio et l’artisanal.

Je me dis alors, allons voir ce qu’il en est réellement du thé ici. Y a-t-il un marché local pour le thé autre
que cette liqueure orangée bu avec du lait et beaucoup de sucre appellée “thai tea”? Y a-t-il des
producteurs locaux qui transforment leur feuilles pour qu’elles soient bu en gong fu cha, pur et simple? Ya-t-il un terroir spécifique, des cultivars locaux, des styles que je ne connais peut-être pas? Du thé bio, du thé sauvage?…

C’est donc avec ce petit balluchon de questions, et un enthousiasme éternel pour l’aventure, que j’ai
chevauché une moto et suis partis vers le triangle d’or. Un nom retenu en tête: Doi Mae Salong.

À paritr de Chiang Rai, la ville d’importance la plus au nord du pays, une route trace directement vers la
frontière Birmane, où une bande d’une centaine de kilomètres de terre appartenant au Myanmar sépare le nord de la Thailande du Xishuangbana, où se trouve la ville de Puerh par exemple.

À mi-chemin entre la frontière et ChiangRai, une petite route sur la gauche nous emmène dans la montagne. C’est une région vallonnée que le districte de Mae Salong. Avec des pentes abruptes et une jungle glorieuse qui verdi les flancs des vallées. On s’y sent comme dans un voyage dans le temps. De petits villages ici et là où gambadent des enfants pieds nus, des buffles et des vieilles motos semi automatiques, des vergers de mandarines, puis les premirs jardins de thés.

Une large communauté Taiwanaise se trouve mixée à une population locale dans ces montagnes, et de
Taiwan ils ont amenés leur goût du oolong vert, leurs connaissances des détails du procédé de
transformation des feuilles, et les plusieurs plants typiques du terroir de l’Ile Fameuse. Notemment, on
retrouve, plantés sur les collines de Doi Mae Salong, les cultivars Jin Shuan, Si ji Chun, Qing xin, Zing
Xiang, Ruan tse, Ruby no.18, Chi Ye, et le fameux Assamica qui est natif de cette région du monde et
parsème les forêts depuis des millénaires.

On peut donc déguster, dans les petits salons de thés où chez le producteur directement, des oolongs floraux – Dong Ding, Jin Shuan, Si ji chun – des oolongs plus oxidés, sucrés et fruités – Bai Hao, Ruby oolong – des thés noirs – souvent faits de plus larges feuilles de Chi ye et d’Assamica, des thés blancs – Yin Zhen, Bai Mu Dan – et même quelques thés vieillis. Quelques artisans, fiers de leurs origines et de leur savoir faire, m’ont fait gouté leur production, et m’ont guidés dans leurs plantations.

A teahouse in Doi Mae Salong

J’ai été agréablement surpris par ce que j’ai goûté. Mon expérience comme conseiller dans l’un de meilleur
salon de thés d’Amérique du Nord, Camellia Sinensis, m’a permis de goûter beaucoup de thés, et de
goûter aux meilleurs des meilleurs. Je ne suis donc pas facilement impressionable, et j’ose croire que je
sais reconaitre un bon thé – quoi que l’art du dégustateur s’avère plus complexe et délicat qu’il en a l’air – et j’ai donc avec joie pu répondre par l’affirmative à ma question première: fais-ton du bon thé en Thailande?

Mae Salong n’est cependant pas la seule région productrice. On trouve quelques plantations autour de Pai, quelques unes autour de Chiang Mai même, et quelques unes plus à l’Est, près du Laos. J’ai rencontré par hasard une famille s’occupant d’une petite usine de transformation sur la route pour Pai, où j’ai gouté un excellent oolong de vieux théiers et des thés noirs vifs et sauvages. J’ai rencontré un artisan de Darjeeling sur un magnifique jardin au nord de Chiang Mai, confectionnant avec les grandes feuilles de l’assmica des thés blancs à l’extrême raffinement (récipiendaires de prix internationnaux) et quelques thés noirs à la mode de Darjeeling. Et ce n’est que le début.

Le thé en Thailande donc, est bien existant et, quoi qu’encore original et rare comparé aux terroirs voisins, détenteur de quelques secrets et surprises qui en valent le détour. Car c’est, en grande partie, un terroir méconnu et inexploré des amateurs de thés de part le monde.

A plantation in Doi Mae Salong
Tea pickers in an organic garden in Doi Mae Salong
A happy tea chaser in Doi Mae Salong

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